mercredi 20 janvier 2010

Haitian Fight Song

Un Charles Mingus hurlant
crispation des détresses




1960, Haitian Fight Song -

jeudi 10 décembre 2009

Lessivée

Crevée la fille, plus une once d'énergie. Je crois que c'est l'effet "petits". Ils sont tellement excités, qu'une heure passée en leur compagnie et on en mourrait presque. Mais quel âge ai-je au juste ???
On sent bien que les vacances doivent arriver, que les esprits ne peuvent plus se contenir, et que l'ordre va bientôt imploser. Plus moyen de faire montre d'autorité, tout est balayé, rayé en 3 secondes. L'attention disparait aussi vite qu'elle est apparue. Les maîtresses se plaignaient d'être inefficaces dans la salle des profs aujourd'hui, de n'avoir le temps de rien faire, on comprend mieux pourquoi lorsqu'à peine arrivée dans notre salle de Clin, les enfants hurlent, courent, jaillissent de toutes parts, se ruent vers la boîte, ne prennent pas une seconde pour se poser. La cachette à bonbon est déjà décelée et la magie s'envole ! Tant pis, j'ai appris à ne plus rien imaginer, l'élève lisse et policé n'existe pas.

Le plus petit monte sur la table, un autre pleure et devient mutique car ils ne va pas pouvoir emporter chez lui la photo de voiture que j'avais imprimée pour notre livre de la Clin. Pendant ce temps les filles décorent la boîte en carton, le scotch valse, les chamailleries reprennent.
Et cette boîte parlons-en, elle prend peu à peu des couleurs. Elle est belle, elle prend vie, elle colore le monde.
Elle va les quitter aujourd'hui, elle est bien triste, c'était notre dernière séance. Mais elle ne les oubliera pas car elle emporte avec elle ce beau livre-objet qu'ils ont réalisé. Elle reviendra les voir en janvier. On en reparlera à travers des entretiens individualisés de ce travail un peu atypique.

La boîte des enfants
Je suis contente, je suis éreintée, l'aventure a plus ou moins fonctionné mais le projet a pu aboutir. Pas sûr que j'aurai ce que je voulais, mais le vécu a été fondamental. L'expérience pour eux du peut-être autrement, et pour moi, non pas de l'interaction externe mais cette fois réellement interne. Vers la voie du mieux comprendre.
Je n'ai pas seulement observé.
Les paniques m'ont abandonnée, je préparerai mes entretiens pour le mois de janvier, et je pourrai ainsi croiser mes données. Entre ce vécu un peu fou mais malheureusement pas assez poussé (les séances ont été trop éloignées dans le temps et en même temps toujours réduites). En somme le temps nous a manqué pour aller plus loin, plus loin dans notre histoire, dans notre créativité, dans notre quotidien de boîte, dans notre récit.
Des idées en tout cas à creuser.
Demain j'achève l'atelier des plus grands, les habitants de XIM vont, qui sait, peut-être se déplacer.
Je préparerai tout ça le matin, je suis décidément rompue...

mercredi 25 novembre 2009

Atelier pluriel


Je suis en train de me prendre au jeu, je n'arrive plus à m'arrêter.
Disons que mon (mes) atelier(s) ont mis du temps à éclore. Mais l'affaire est désormais lancée, les enfants attentifs je crois et assez captivés. Tout ça prend énormément de temps, et il faut toujours faire face aux imprévus (absences, problèmes techniques, hésitations de ma part...).
Aujourd'hui je vais donner ma 5e séance, je suis donc à mi-parcours et pourtant j'ai l'impression de rentrer seulement dans le vif du sujet.
Il est 8h30 du matin et me voilà en train de scier, de découper, de coller et de fabriquer en tous sens dans un appartement rempli de papiers multicolores. Peut-être devrais-je balayer un coup...Pas le temps, je suis pressée, très pressée, je dois rédiger un message codé pour les enfants, et fabriquer un plan géant de la classe et pliable s'il vous plaît pour ma séance de 15h30.
En même temps je m'évertue à compléter une analyse critique d'article que je vais bientôt devoir présenter.
Et je pense aussi, ahhh plus que 4 semaines, et ensuite, fini les bancs de la fac, direction maison et bibliothèque, plus de cours au 2nd semestre.
Bon reprenons !

J'ai 2 groupes, 2 clin, 2 instituteurs et même 2 écoles avec donc 2 directeurs et 2 salles de classe. Mais elles sont contiguës (les écoles) et les équipes travaillent ensemble. Les enseignants "piquent" des élèves dans une école et les ramènent dans une autre. Un vrai ballet !
Ça y est, je fais bien partie du paysage maintenant. Les enfants dans la cour me reconnaissent, je suis toujours estomaquée par leur aplomb à venir nous voir et nous questionner : "Eh, qu'est-ce que tu fais ? T'es une maîtresse ?"
Plusieurs semblent me reconnaître ou du moins me confondre avec je ne sais quelle maîtresse ou amie des parents. L'un d'eux est venu me trouver une fois : "Mais je te connais, tu étais à la maison l'autre fois quand on regardait Ratatouille !" et moi : "Euh mais non, c'est pas possible, c'était pas moi je t'assure". L'enfant en était convaincu et croyait que je le menais en bateau. Heureusement la maîtresse est arrivée et m'a nommée devant lui, ce qui a dissipé son trouble. Maintenant il me salue chaleureusement d'un : "Bonjour Claire !"

Mais mais mais, je tourne comme d'habitude autour du pot sans rien raconter de ma recherche et de cet atelier. En somme je passe mon temps à imaginer, à fabriquer, à solliciter mon pauvre père - qui s'est investi tout le week-end dernier pour me fabriquer 2 jolis livre-objet boîte fort à propos - qui nous permettent de consigner nos travaux.
Un groupe s'est vu offrir son livre boîte par la planète XIM dont les très gentils habitants souhaitent rencontrer les terriens et comprendre leur mode de vie. La mission étant, pour les enfants, de raconter la vie de la clin dans le livre, afin d'éclairer la lanterne des gens de XIM.
L'autre groupe a vu pénétrer au sein de la clin une boîte géante en carton, à 2 ouvertures, qui restera auprès d'eux jusqu'aux vacances de Noël. Elle est peinte en blanc, ne dit pas grand chose, mais fait partie de la classe, à eux de l'accueillir, de l'habiller aussi et de communiquer avec elle. Ils lui ont fait la visite de la classe, lui ont donné des messages, des cadeaux, et, je crois de l'affection. Elle va leur apporter le livre-objet la semaine prochaine pour qu'eux aussi lui laissent un souvenir avant son départ.
Tout est donc lancé et un peu rêvé, il reste beaucoup de travail à accomplir, les séances sont bien remplies. Il m'a fallu du temps avant de trouver la bonne entrée, sans trop m'éloigner de mon sujet. Je me suis un moment bien trop focalisée sur mes données, vite vite les représentations, mais un enfant ne se dira que s'il en a les moyens et aussi une bonne raison. Il était donc important de créer cette atmosphère propre, de nous inclure dans un véritable projet où l'idée de scénario pédagogique prend tout son sens.
Pas évident à mener, à penser, à imaginer, à diriger non plus, d'autant que je ne suis pas seule à bord, mais travaille avec les instituteurs.
Beaucoup de choses à dire, tout en ayant bien douté aussi, à mes débuts surtout, sans compter que j'entame là mes premières séances d'enseignement ou d'intervention. Oh Ho !
Une introspection longue comme le bras à faire, les histoires de rôle me claquent le visage, et je me rends compte de cette notion de représentation (théâtrale) qu'implique l'enseignement.
Mais j'apprécie.

Je note aussi un décalage important entre mes impressions propres et celles des enfants. La maîtresse me rassure à plusieurs reprise : "Mais si ils ont beaucoup aimé, ils étaient vraiment contents tu sais, ils ont demandé quand est-ce que tu reviendrais". "Ah ?!" Me voilà confortée. Amour propre toujours.
Il faut dire aussi que mon regard est celui de l'intervenante débutante et de la chercheuse qui dois mener sur la voie souhaitée, alors je m'y perds. Peur d'ennuyer, de me tromper royalement, de ne pas savoir m'y prendre.
Et puis je crois que lundi dernier tout à basculé. Je me suis un peu affranchie de cette recherche, en écoutant aussi les conseils des camarades et des profs : "Soyez conne pour une fois !" (dixit) donc arrête de tout analyser, fais ta séance et partage avec eux, construis ton univers et l'analyse viendra plus tard.
Ah, bon...
Mais c'est vrai aussi que le but de tout ceci est bien cela : faire la classe peut-être un peu différemment en incluant et ouvrant la case "imagination". Casser le mythe de l'attitude scolaire, proposer le rêve et susciter l'envie de jouer avec la langue, les mots, les représentations de l'école.
Ambitieux, ambition, faire la nique au déterminisme !!!

mardi 24 novembre 2009

Oh Michael !

A gerber l'inidentifiable identité nationale, à hurler les abus et bévues des forces de l'ordre, à dénoncer aussi le choix du lexique journalistique médiatisant hier matin l'histoire des 3 "bons" citoyens interpellés rageusement par la police : "ils étaient bons, ils étaient dans leur droit, ils étaient ingénieurs polytechniciens et pharmaciens, forcément ils étaient bons ô strate inattaquable, à pleurer cette histoire de mafia des matons régissant les prisons...

Oh ! puisqu'il y a du grisonnant, du massacrant, de l'ignominie douteuse et du nauséabond je veux écouter les good thing going de Michael.
Pif paf pouf, une claque ou deux et l'on repart !



vendredi 13 novembre 2009

Noir et blanc


Moi : - "Et qu'est-ce qu'on voit sur la photo ? Qu'est-ce que vous voyez ?"
Kévin : - "La photo elle est noire est blanc".
Moi : - "Ah bon, elle a des couleurs ?"
Les enfants, en choeur :
-"Noooooon !"
Asma : - "Mais si, là il y a du blanc !", dit-elle en me montrant le faisceau de lumière s'échappant du plafonnier sur la photo.
Un autre : "Oui, là il y a du gris."
Et moi qui ris intérieurement, le noir et le blanc sont donc parfois des couleurs, tout est une question de point de vue. C'est le père Soulages qui serait heureux...

Voilà, ça y est, les deux premières séances sont passées, je crois que je revis. Une épreuve. M'immiscer dans le rôle de professeure ou du moins de celui de maîtresse, et en même temps dans celui d'intervenante, sans oublier ma casquette d'analyste. Est-ce bien ça le don d'ubiquité ?
J'avoue avoir eu un peu peur hier.
Dépitée par ma première heure, je me suis sentie largement dépassée. Mais qui ressort satisfait de sa première intervention ou heure de cours ?
Une heure entière, à marquer dans les anales.
Il apparaît très nettement que j'ai occulté de mon fait la notion d'impromptue, de vie, d'interactions. Pourtant n'est-ce pas très justement ce que je recherchais ? De la vie dans la classe, et pas de dialogues tout prêt.
A trop vouloir créer du lien tout proposer en vrac sans action de médiation, on risque de se brûler les ailes et de mélanger les genres.
Hier à 15h15, en arrivant dans la salle des maîtres, contente et confiante, on m'annonce que deux nouveaux primo sont arrivés, ils sont kosovars mais ont été scolarisés en Italie. C'est donc leur langue. Ils ne parlent pas un mot de français.
Mais c'est parfait tout ça ! Mon sol s'effondre.
Je monte alors m'installer en me demandant comment tout ceci va se goupiller. Patience. Aucune idée.
Ils montent et s'installent, mais déjà les problèmes s'amoncellent.
Disons que les enfants ont été plutôt dissipés, et que mon intervention s'est avérée un peu trop complexe pour le groupe. Trop abstraite. Mes consignes étaient floues et mon matériel peu adapté. Comment proposer en effet à des enfants de décrire une image qu'ils ne verraient qu'en un exemplaire au milieu de la table ?
Que pouvais-je imaginer en tirer ?

Oussama aime l'armoire qui ne s'ouvre pas

Et puis il y a eu aussi quelques refus, dire ce qu'on aime dans la classe reste facile, mais dire ce qu'on n'aime pas relève parfois de l'intrusion. Je suis allée trop vite, trop loin, n'ai pas pris assez le temps.
A trop vouloir obtenir quelque chose, on en oublie qu'avant de recueillir ces précieuses informations, il faut mettre en confiance, rassurer, et guider surtout.
Je me suis autotrouvée en pleine séance de construct représentationnel :
"- Untel a bien répondu, il est bien, c'est un bon élève, il imagine et comprend. Untelle a vite était catégorisée dans la case "ne comprend pas ce qu'on lui demande".
Ouf je me suis fait peur mais on peut tirer beaucoup d'une petite séance. La recherche est mouvante, terrain glissant s'auto-alimentant.
Mais je passe bien vite car en tout malheur quelque chose est bon. Je suis sortie sonnée, tout en sachant que j'en avais tiré bien des choses qui pour le moment ne m'apparaissent pas forcément.
J'ai quand même vu deux enfants se rouler par terre pendant la séance, alors que je faisais des prises de vue avec les autres.
Ahhhh la vie !

Bref, c'est avec beaucoup d'appréhension que je me suis rendue à ma 2e première séance, avec le second groupe aujourd'hui.
J'ai ajusté le tir, du moins j'étais encore en train d'y travailler alors qu'il me fallait me dépêcher de me rendre sur place.
Je suis arrivée en face d'un groupe, peu confiante, mais aussi mieux équipée, et largement soutenue par le maître qui m'a accompagné tout au long de la séance. Hier aussi du reste. Le binôme est fort instructif, les instituteurs ont un regard pertinent qui n'est pas le mien, on se complète et ils m'apportent des clefs indispensables à mon analyse.
Tout s'est bien déroulé, le mystère a joué, ils ont décrit, fait des hypothèses, réagi, ont dessiné, se sont mis en scène dans la classe et on même été filmé. Tout y est passé. Ouf, sauvée.
Deux pôles instructifs un noir et un blanc, une belle représentation en forme de manichéisme.
Affaire à poursuivre...


Maria aime le maître et ses camarades

mardi 10 novembre 2009

L'angoisse monte


Plus qu'un jour et l'aventure va enfin débuter.
Des jours que je me prépare, mais est-ce suffisant ? Je m'inquiète au risque de ressasser. J'ai l'impression que je vais passer mon bac ou mon permis, que ce qui m'attend est une étape importante.
Angoisse.
De toute façon je suis une angoissée.
Après tout, les caractères chinois m'ont désignée "chien d'eau" !

Ahhh, rien n'est prêt, ou tout est trop prêt. L'inconnu des réactions brouille définitivement les pistes.
Peut-on vraiment ressasser le futur ? c'est franchement idiot je crois, et pourtant, pourtant je m'y efforce depuis quelques jours.
J'appelle de tous les côtés. Trouver du réconfort, des paroles lumineuses, ou bien la légitimation de mes vagues idées. Les amis répondent, opinent de la tête, essaient de réagir...
Le fait est que l'on reste seul face à ses paires d'yeux une fois lancé.

Patience, jeudi je démarre, la toute première des 10 séances à venir de mon premier atelier "art et langage".
Une série de récits plus détaillés à venir...

mardi 3 novembre 2009

Les chats mégaperles

Puisque les vacances sont là et que mon Moi trépigne,
je m'approprie les chats à défaut du monde.
Un peu de bonheur sur un tapis rouge.
Que richesse et chaleur nous accompagnent.